Sarkozy, Président de l'Europe

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Sarkozy, Président de l'Europe

Message  setamir le Ven 4 Juil - 15:22

Sarkozy, Président de l'Europe

Le Quotidien d’Oran

Par Pierre Morville
Nicolas Sarkozy a pris, le 1er juillet, la présidence
de l'Union européenne. Six mois à risques.


La claque italienne ! Ah ! Elle est belle l'Europe ! Voilà notre vaillante équipe nationale éliminée dès le départ de la Coupe d'Europe de Foot. Il faut se méfier des Italiens : ils sont vicieux. Voilà des gens qui profitent du fait que nous sommes plus faibles qu'eux pour nous battre ! Je savais bien qu'on ne pouvait pas leur faire confiance. Bon, il faut reconnaître que les Bleus n'étaient pas au meilleur de leur forme : joueurs essoufflés, contrôle de la balle hésitant, attaques timides, défense trouée, tactique de jeu incompréhensible...
On ne peut pas toujours être au top. Ce n'est pas une raison pour nous éliminer, surtout au 1er tour. Constat : en matière de foot, les Européens étrangers sont souvent anti-français. Cela n'est pas vraiment raisonnable. Dieu merci, ces traîtres d'Italiens ont payé leur crime. Ils ont été très justement sortis de la Compétition. La réaction du sélectionneur italien, Roberto Donadoni, qui avait, par des manoeuvres honteuses, réussi à qualifier son équipe pour le 1/4 de finale, a, après l'élimination, immédiatement annoncé sa démission, renonçant même à la prime à laquelle il avait droit.
Ce n'est pas notre entraîneur national qui aurait eu ces faiblesses. Raymond Domenech s'accroche bravement à son poste, faisant même valoir l'importance des indemnités qu'on lui devrait en cas de licenciement. Ça, c'est du courage ! Dame ! Il faut le comprendre, notre entraîneur va bientôt être chargé de famille.

La gifle irlandaise
Car le même Domenech n'a eu en effet qu'un seul commentaire à la France endeuillée, le soir de la défaite après la pitoyable démonstration des Bleus : « Je vais bientôt me marier ».
On est bien contents pour lui.
Certains esprits mal placés ont estimé qu'il faisait du Sarkozy qui, à chaque fois que les choses vont mal, montre à sa télé sa nouvelle épouse, la très pulpeuse Carla Bruni, Carlita. Ces mauvais esprits se trompent. Le Président-qui-ne-se-trompe-jamais fait toujours beaucoup mieux. Et sa femme est bien plus jolie que celle de Domenech. Bon, il est vrai que Carlita est italienne. Ce qui est un peu suspect...
La gifle irlandaise. Mais qu'est-ce qu'on leur a fait à ces crétins d'Irlandais. On leur demande leur avis sur le mini-traité de réforme constitutionnelle de l'Europe inventé par notre génial Président, et ils se permettent de le donner ! Et ils disent « Non » ! Mais de quel droit ? D'abord, ils ne représentent guère plus qu'1% des Européens. Personne ne va dans leur île sauf pour boire de la Guiness et courir après les poneys du Conémara. Vous parlez d'une occupation. En plus, la Commission européenne leur a donné plein de sous et ils n'ont même pas la politesse de dire « Merci ». Les ingrats ! Les Anglais avaient bien raison de s'en méfier. Remarquez, il faut aussi se méfier de la perfide Albion. C'est ça le problème de l'Europe, c'est une belle idée, mais il y a beaucoup de non-Français. Prenez la Pologne : voilà que leur Président, qui porte un nom pratiquement imprononçable, décide lui aussi de refuser de ratifier le Traité de Lisbonne qu'avait inventé notre génial Président. Et ce, le jour même où Nicolas Sarkozy devient officiellement, et à juste titre, le « Président français de l'Union Européenne ». C'est quasiment de l'outrage à la force publique. Le soi-disant Président Kaczynski affirme que «si on brise la règle de l'unanimité une fois, elle n'existera plus». Il n'a rien compris, le polak, c'était bien l'objectif.
Et en plus, il est soutenu par les Tchèques. Les Tchèques !
Ces quelques lignes, à peine, hélas ! caricaturales, résument bien l'opinion et des fans de l'équipe de France de football et des européistes français. On peut pardonner aux amateurs de foot. On comprend moins l'obstination des milieux communautaires et des élites proeuropéennes. Depuis plusieurs années, ces mêmes élites tentent de forcer le passage d'une alliance d'Etats-nations à une structure beaucoup plus fédérale avec des prises de décision majoritaire et non plus unanime, un renforcement de l'exécutif européen, un accroissement important de normes communes économiques et sociales très « libérales » d'inspiration.
Pour ce faire, le Traité constitutionnel continue d'être proposé aux différents peuples européens, y compris sous sa forme adoucie du « mini-traité de Lisbonne » à l'initiative de Sarkozy mais il ne leur convient décidément pas. A chaque référendum (France, Pays-Bas, Irlande...), le peuple vote mal. Il vote « Non ».
Que faire ? Beaucoup de pays, plus prudents, ont choisi la voie parlementaire, les élus étant bien évidemment plus proches des élites que du petit peuple inquiet. C'est d'ailleurs le choix qu'a fait Sarkozy après le Non très majoritaire dans le référendum français.
Il n'empêche. Pour obtenir le résultat souhaité, la perte de l'unanimité, il faut néanmoins en passer par le vote unanime des 27 pays de l'Union européenne. Et on n'y arrive pas.
Bon nombre de commentateurs avertis, éditorialistes respectés, universitaires chevronnés, technocrates brillants, tous très vivement courroucés, estiment aujourd'hui que si le peuple vote mal, à défaut de changer le peuple, il faut s'obstiner à le faire revoter jusqu'à ce qu'il pense bien.
Cette stratégie n'est guère raisonnable. Ni sur le plan pratique ni sur le plan démocratique.

La «pfdeu»
Après cette première volée de bois vert, Nicolas Sarkozy occupe depuis le 1er Juillet donc la « Présidence française de l'Union européenne ». Pour six mois. Il devait espérer une meilleure entrée en matière. Notre bouillant Président s'imaginait déjà le grand réformateur d'une Europe un peu trop bureaucratique et très éloignée des préoccupations quotidiennes des Européens. Sarkozy, perpétuellement en campagne (« Le principal problème de Nicolas, c'est qu'il ne s'est pas aperçu qu'il avait déjà remporté la Présidentielle », persifle l'un des ses adjoints), voulait profiter la Présidence française de l'Union européenne, la « pfdeu » selon le langage technocratique actuel, pour partir séduire, après la France, l'Europe toute entière de son talent, de sa fougue, de son génie.
L'inauguration a été un peu laborieuse, la suite sera peut-être encore bien plus difficile.
Sur les principaux sujets qu'il se propose de mettre à l'ordre du jour, le nouveau Président de l'Union européenne doit affronter d'emblée soit des revers de conjoncture, soit le scepticisme de ses partenaires.

* Défense. A juste raison, la France plaide pour une communauté européenne de défense qui soit fondée sur une mise en commun des moyens militaires des 27 pays membres. Un des objectifs, la capacité de projeter sur des « missions extérieures » pas moins de 60.000 hommes de façon permanente. Ce qui signifie avoir une réserve du double ou du triple de troupes affectées à ces tâches de « projection sur des fronts extérieurs ». Il faut également renouveler les parcs de chars, d'avions, de navires, de missiles. Il faut accroître considérablement les moyens de communication et d'information. Bref, beaucoup de dépenses budgétaires, alors que l'ensemble des pays européens ne consacre chichement qu'une moyenne globale 1,31% de leur PIB à leur défense. Pire, l'une des raisons du « Non « irlandais » puise dans les traditions profondément pacifistes de ce pays. Les deux seuls gros contributeurs à l'effort européen de défense restent l'Angleterre et la France (seconde puissance militaire mondiale actuellement en matière de «déploiements extérieurs après les USA). Mais même en France, l'effort budgétaire commence à peser lourdement sur les finances de l'Etat. Du coup, Nicolas Sarkozy a décidé des coupes claires dans le dispositif. L'armée régulière est ainsi réduite de 50.000 hommes au grand dam des Etats-Majors. Car notre Président souhaite, dans le même temps, intensifier encore les missions extérieures et accroître notamment la présence militaire française en Afghanistan. Du coup, les périodes de rotations des troupes s'allongent. On ne part plus en Afrique ou en Asie pour six/huit mois mais pour douze/quinze mois. Sans nécessairement d'effets probants sur la solde. Ça commence à raller dans les casernes.
La France et l'Angleterre ne sont pas également sur le même diapason vis-à-vis de l'Otan. Les Anglais sont pour une intégration totale au dispositif militaire américain. Les Français moins, malgré l'américanophilie de Nicolas Sarkozy. Rajoutez à cela le spectacle consternant d'un soldat d'une unité d'élite qui tire par mégarde des balles réelles sur des spectateurs à Carcassonne et la déroute n'est pas loin.

* Agriculture. La crise agricole mondiale actuelle est largement due au mouvement combiné de l'ultralibéralisme et de la globalisation. L'effondrement des cultures vivrières de continents entiers n'a pas dérouté les tenants d'une libéralisation totale du commerce mondial.
Les anglo-saxons, qui se sont débarrassés depuis longtemps de leurs paysans, continuent à dénoncer les fondements de la Politique agricole commune et demandent le démantèlement complet des subventions aux agriculteurs européens et la levée des barrières douanières. La France comme la Pologne, qui sont de gros producteurs agricoles, plaident pour leur maintien au nom de l'autosuffisance alimentaire.

* Energie. C'est le talon d'Achille de l'Union européenne, 1er marché intérieur mondial. A l'heure où le prix du baril avance obstinément vers les 150 dollars, L'Europe doit, comme la Chine ou les Etats-Unis, rapidement garantir son approvisionnement énergétique. Problèmes ? La plupart des Etats-membres, Allemagne en tête, hésitent à s'engager dans une politique de fort développement de l'énergie nucléaire et les Européens peinent à s'engager à établir des relations pérennes et harmonieuses avec leurs principaux fournisseurs de gaz et de pétrole qui sont la Russie et l'Algérie. Aujourd'hui, en Europe, le mot d'ordre est au « Chacun pour soi ».

La politique étrangère commune et l'Iran
Nicolas Sarkozy voudra éviter d'aborder, lors de sa présidence, quelques sujets qui fâchent vraiment. Mais l'actualité risque de les imposer malgré tout au devant de la scène. N'en prenons que deux.

* Mr Trichet et l'Euro fort. Tous les Etats membres se mordent les doigts d'avoir donné une totale indépendance à la Banque centrale européenne. Celle-ci est là principalement pour fixer le taux de change entre l'Euro et les différentes grandes monnaies internationales. La BCE pratique avec obstination une politique de l'Euro fort contre des monnaies comme le Yen, le Yuan chinois ou le Dollar, volontairement sous-évaluées. Conséquences positives, les investisseurs internationaux préfèrent confier leurs fonds aux places boursières européennes (mais la crise boursière internationale en cours réduit considérablement cet effet) et l'augmentation du pétrole coûte, un temps, moins cher puisque cette matière première est libellée en dollars. Conséquences négatives : les exportations européennes sont beaucoup moins attractives, en raison du coût des produits et services proposés et l'affaiblissement du pouvoir d'achat des ménages européens, et pèsent lourdement sur la demande intérieure, ce qui explique largement une croissance de l'économie européenne étiolée à guère plus de 2% de hausse du PIB par an.
Pire. La BCE est dirigée par un Français, Jean-Claude Trichet, qui est, selon certains économistes, un « responsable rigoureux et déterminé » et pour beaucoup d'autres, un « intelligent parfaitement idiot ». L'obsession de Mr Trichet est l'inflation, en hausse actuellement en Europe de près de 4%. Formé à l'école classique, Jean-Claude Trichet estime que l'inflation est la grande ennemie de l'économie. Elle se développe, pour lui, dans une spirale croissante prix/salaire et aboutit à un accroissement incontrôlé de la masse monétaire. Pour la juguler, une seule solution : accroître le coût de l'argent. «Nous, banquiers centraux, portons une lourde responsabilité. Si nous ne sommes pas déterminés, alors il y a un risque que l'inflation explose», a déclaré Jean-Claude Trichet à l'hebdomadaire Die Zeit, répondant aux attaques concernant son projet de hausse des taux d'intérêt. D'après les attentes, la BCE devrait en effet augmenter son principal taux, d'un quart de point à 4,25% à partir d'aujourd'hui.
Cette analyse est cependant vivement contestée par beaucoup, et qui souligne que l'inflation actuelle est, pour l'essentiel, importée du fait des hausses spectaculaires des matières premières. La hausse des taux, loin de régler ce dernier problème, affaiblit au contraire les capacités des entreprises à investir et des ménages à consommer.

* Attaque sur l'Iran ? Israël multiplie les déclarations guerrières ces dernières semaines. Pour Tel Aviv, il faut absolument priver l'Iran de l'arme atomique. Un bombardement devient donc une nécessité dans les mois qui viennent. Pourquoi si rapidement ? Parce que les Israéliens estiment que cette opération à hauts risques est encore possible avec un Georges Bush finissant, elle deviendrait très difficile dans le cas où Barak Obama remporterait la présidentielle américaine. Dans un tel scénario-catastrophe, on imagine très mal quelle serait la position commune de l'Europe.

Les immigrés ont bon dos
Comme il faut bien faire quelque chose ensemble, Nicolas Sarkozy présentera à ses 26 partenaires européens, à Cannes, les 7 et 8 juillet prochain, un « Pacte sur l'immigration et l'asile ». Les mesures seront simples. Circulation des marchandises : Oui ! Oui ! Oui ! Circulation des hommes : Non ! Non ! Non ! Outre le caractère démagogique et parfaitement fantasmatique de la construction de murs pour empêcher des mouvements de populations entre des pays de plus en plus pauvres et des pays de plus en plus riches, cette noble assemblée ne se posera aucunement la question de l'absolue nécessité de l'immigration pour compenser le déclin démographique du Vieux Continent.
Et l'Union pour la Méditerranée dans tout cela ? Elle gigote encore. Rendez-vous le 13 juillet, date officielle du lancement.
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