«Comment nous avons libéré les otages»

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«Comment nous avons libéré les otages»

Message  game_abderrahim le Sam 5 Juil - 23:19

«Comment nous avons libéré les otages»


Le Figaro du 05 juillet 2008
Propos recueillis par Ibar Aibar

Luis Gomez, colonel de l’armée colombienne, est l’un des principaux organisateurs de la libération de la Franco-Colombienne. Il nous dévoile les coulisses de l’opération.
Au mois de mars, alors que les rumeurs les plus sombres circulent sur le sort d’Ingrid Betancourt, des unités d’élites de l’armée colombiennes, tapies dans la jungle, la localisent. L’un des militaires en charge de l’opération de libération, le colonel Luis Gomez, nous révèle les détails d’une surveillance de quatre mois et d’une fantastique opération d’intoxication, qui s’est dénouée en moins de cinq minutes, sans un coup de feu. Luis Gomez est chef d’état-major de la « zone Oméga», couvrant toutes les régions anciennement contrôlées par les Farc (sud-est de Bogota).

Le Figaro Magazine - Quelles ont été les premières réactions des otages libérés ?
Colonel Luis Gomez - Les soldats ont voulu leur distribuer des rations alimentaires, mais ils n’ont pas mangé. Ils les ont embrassés, ils ont pleuré. Ils préféraient parler, échanger, ils étaient trop heureux de recouvrer la liberté.

Comment s’est déroulée l’opération ?
Le président Alvaro Uribe a donné son feu vert à 6h00 du matin (mercredi 2 juillet). L’opération a démarré environ une heure après. Au final, elle a duré moins de cinq minutes, sans un échange de tirs.
Nous avions infiltré les communications des Farc. Nous avions réussi à faire croire aux preneurs d’otages que d’autres guérilleros allaient venir récupérer les otages pour les transférer ailleurs, sur ordre d’Alfonso Cano (le nouveau chef des Farc, ndlr). Une fois que le faux message avait été envoyé, il fallait agir vite pour éviter qu’ils se méfient. Nous ne pouvions pas prendre de risque. Le Président a toujours dit que la priorité était d’assurer la sécurité des otages. On a rapidement repeint un hélicoptère de l’armée en blanc, pour faire croire qu’il s’agissait d’un hélicoptère civil.
Les soldats qui étaient à bord étaient déguisés en guérilleros avec des tee-shirts civils, et des polos à l’effigie de Che Guevara. Ils avaient même des fusils AK-47, des armes typiques de la guérilla et pas de l’armée colombienne. Au total, pilote et copilote compris, neuf personnes ont participé à l’opération de libération.

Alors les guérilleros ne se sont pas méfiés ?
Non, « Cesar », le chef des preneurs d’otages, est même monté à bord. Les soldats ont attaché les otages, puis, une fois dans les airs, ils ont crié qu’ils appartenaient à l’armée de Colombie et qu’ils étaient libres… Avant, Ingrid Betancourt avait l’air très triste. Elle a dit même s’être sentie « humiliée encore une fois ».

Depuis quand aviez-vous localisé les otages ?
Cela faisait environ quatre mois. Nous disposions de renseignements techniques et aussi d’informations obtenues par des « infiltrés ». Environ 200 soldats étaient impliqués et certains ont pu s’approcher très près de la zone où se trouvaient les otages sans être repérés. En avril, ils étaient plus ou moins localisés. Début mai, des soldats ont même vu deux des otages américains, et deux des Colombiens qui se lavaient dans la rivière, mais on n’a pas voulu tenter une libération pour ne pas mettre en danger la vie des autres.

Comment expliquer que des otages si importants se trouvaient ensemble ?
Ils n’étaient pas ensemble, ils avaient été regroupés en raison de la fausse information que nous avions fait circuler à travers leurs ondes radio, faisant croire que le bureau politique voulait leur transfert en lieu plus sûr, plus profond dans la jungle.

La France savait-elle, au moment de l’envoi d’un avion médicalisé en mars, que les otages étaient plus ou moins localisés ?
Les Français n’étaient pas au courant, en tout cas pas à ma connaissance.

Peut-on parler de coup fatal pour les Farc ?
C’est un triple coup dur. Ils perdent les otages. Mais aussi « Cesar », qui dirige le trafic de drogue sur le front oriental, et qui est considéré comme l’homme de confiance du Mono Jojoy (le chef militaire des Farc, ndlr).[b]
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