Les lycées d’excellence ou la fuite en avant

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Les lycées d’excellence ou la fuite en avant

Message  game_abderrahim le Mar 8 Juil - 23:13

Les lycées d’excellence ou la fuite en avant


El Watan du 21mars 2005

Par Ahmed Tessa

Le modèle français en matière de système éducatif continue à inspirer nos décideurs : histoire commune et jacobinisme obligent. Cependant, s’inspirer d’un modèle ne doit pas dispenser de vigilance, de méthode et de bon sens.

Dans ce registre, les cinq lycées d’excellence prévus pour la rentrée prochaine en Algérie présentent quelques similitudes de façade avec les classes préparatoires aux grandes écoles de la République française. Qu’en est-il au juste ?

Le modèle français

La naissance de l’institution scolaire au pays de Voltaire et sa généralisation ne se sont pas réalisées d’un coup de baguette magique. Elle possède un héritage solide de traditions qui plongent leurs racines dans l’histoire tumultueuse du peuple français. L’histoire de son évolution à travers les siècles nous renseigne sur les luttes qu’ont dû mener dès le XVIIIe siècle les humanistes - politiciens et éducateurs - contre l’omnipotence de l’Eglise d’abord et des aristocrates ensuite. Au XIXe siècle finissant, les puissances de l’argent soucieuses de garder leurs privilèges se sont liguées contre les efforts de démocratisation arrachés par les syndicats d’enseignants et les hommes de progrès. Des compromis furent établis afin de maintenir la cohésion sociale. A la base, la gratuité de la scolarité obligatoire jusqu’à 13 ans puis à 16 ans. Mais c’est au sommet de la pyramide - l’enseignement supérieur - que se dessine nettement ce compromis. Un élitisme bourgeois représenté par les grandes écoles - avec leur réservoir, les classes préparatoires de lycée - cohabite avec une institution démocratique, l’université. Un système dual qui persiste encore de nos jours en France avec des aménagements placés sous le signe d’une ouverture strictement contrôlée et fortement sélective des grandes écoles aux enfants des banlieues. C’est la fameuse Ecole nationale d’administration qui vient d’inaugurer cette timide ouverture. En amont de ces grandes écoles, nous trouvons les fameuses classes préparatoires ouvertes dans de prestigieux lycées situés dans les quartiers chics des grades villes. On compte de nos jours environ 270 lycées qui possèdent ce type de classes d’élite pour un effectif total de 80 000 élèves. Pour y accéder, il faut disposer du baccalauréat, présenter un dossier et passer un concours d’entrée. Leur recrutement se fait exclusivement dans les classes sociales supérieures. Choyées par la République, ces classes préparatoires reviennent très cher au budget de l’Etat français. Une année par élève coûte plus cher qu’une par étudiant d’université. De même que leur taux d’encadrement et le traitement des professeurs sont aussi supérieurs. Le concours d’entrée est dénoncé par des personnalités du monde scolaire et universitaire. Ancien doyen de l’inspection générale de mathématiques, Pierre Legrand écrivait en 2000 : « Il y a une incontestable hypocrisie à attacher autant d’importance aux épreuves écrites et anonymes des concours comme garantie d’objectivité, dès lors que l’admission en classe prépa est prononcée sur dossier plusieurs mois avant l’examen du bac. » Depuis son institutionnalisation, ce système français continue de susciter débats et contestations. La principale critique dont il est l’objet réside dans son caractère héréditaire, antinomique de la démocratie républicaine soucieuse d’amener plus grand nombre vers l’excellence. Dans ce pays, la qualité du rendement scolaire n’est pas du seul ressort de l’Etat. La fluidité dans la communication, la bonne gouvernance pédagogique qui se retrouve jusque chez l’instituteur du petit village de montagne, le syndicalisme pédagogique des enseignants, la prise de conscience active des parents ont fait que l’élitisme prôné par les héritiers de la République ne dérange pas outre mesure.

L’excellence (pédagogique) à l’algérienne

Ramené en Algérie le débat franco-français sur ces structures dites d’excellence - dixit les Algériens - a de quoi faire sourire. Voilà un pays dont le système éducatif est reconnu désastreux par les plus hautes autorités et qui se permet le luxe d’ouvrir un dossier à l’urgence douteuse. L’interview accordée le 12 février dernier par le ministre de l’Education nationale à Liberté est révélatrice d’une confusion dans la maîtrise du concept d’excellence. Parlant des objectifs assignés aux cinq lycées d’excellence prévus pour septembre prochain, l’homme politique répond : « On ne peut pas laisser les meilleurs élèves dans un endroit où leurs compétences seront gaspillées. » Une phrase lourde de risques de dérives. Et d’expliquer que l’admission dans ces établissements se fera par une étude de dossier et un concours. N’est-ce pas là une pâle copie des fameuses classes prépa françaises ? L’honnêteté nous commande d’expliquer les raisons pour lesquelles ces dernières ont été créées. Elles n’ont nullement pour vocation de stigmatiser une supposée médiocrité des autres classes ou des autres lycées français qui, eux aussi, cultivent l’excellence. Leur unique objectif - selon ses fondateurs - demeure la reproduction sociale de l’élite politique du pays.
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